Birdy

nouvautes0William Wharton – Traduction Matthew du Aime et Florent Engelmann

Ed. Gallmeister – 373 pages

 

roman « (…) je suis complètement amoureux de sa façon de voler. Il vole comme si l’air n’existait même pas. Quand il s’envole du bas de sa cage, il fait quarante centimètres avant même de battre des ailes. Quand il se laisse tomber du perchoir le plus haut, il replie ses ailes le long de son corps et ne les ouvre que juste avant de toucher le sol. J’ai l’impression que même si on lui enlevait toutes les plumes des ailes, il volerait encore. Il vole parce qu’il n’a pas peur et non pas parce que c’est une chose que les oiseaux sont censés faire. Son vol est un acte de création personnelle, un défi. »

 

 

Alfonso et Birdy sont amis depuis leurs treize ans. Le premier est costaud et bagarreur autant que l’autre est fluet et rêveur. Est-ce parce qu’ils se complètent, ou bien parce qu’Al est fasciné par la folie de son ami, leur amitié est totale, presque exclusive, « un club privé pour deux ». Birdy doit son surnom à son amour démesuré, obsessionnel pour les oiseaux, et plus particulièrement leur vol. Il leur construit des volières, partage leur intimité, apprend leur langage, récupère leurs plumes pour s’en faire un costume, se construit une machine volante, tombe amoureux.

Quelques années plus tard, de retour de la guerre où Al a été sévèrement blessé au visage, on l’appelle dans un hôpital psychiatrique où Birdy, prostré, s’est complètement coupé du monde extérieur. Il ne parle plus, ne mange plus sans aide, se tient à la façon d’un canari en regardant fixement la fenêtre par laquelle il aimerait s’envoler. Commence alors le long calvaire d’Al qui, égrenant leurs souvenirs d’enfance, va tenter de créer une passerelle entre eux, d’attirer un regard, un lien avec le réel. Aux chapitres d’Al qui parlent de leur quotidien, des petits boulots et des fugues d’adolescence répondent ceux de Birdy, centrés sur l’appel du vol ou des oiseaux ayant marqué sa vie.

 

Birdy est surtout connu en France par l’adaptation cinématographique d’Alan Parker en 1985, avec Nicolas Cage et le parfait Matthew Modine dans le rôle-titre. Force est d’admettre que le film a pris un coup de vieux visuellement, mais quand je l’ai vu à quinze ans, j’ai été littéralement fasciné par cette histoire et ce personnage. Cherchant à lire le roman, depuis longtemps indisponible en France, je l’avais dégotté à Londres et muni d’un dictionnaire d’anglais et l’avait (péniblement) lu dans la langue de Shakespeare. C’est pourquoi j’ai un peu (beaucoup) fait des bonds au plafond il y a quelques semaines, en voyant que Gallmeister s’était mis en tête de le republier…

 

roman

                                                                                                  Matthew Modine dans Birdy, d’Alan Parker, 1985

 

Ce roman est beau. Voilà, je crois que c’est une bonne façon de le résumer. Touchant sous bien des aspects, très fin dans les idées qu’il véhicule, alors que tout y est casse-gueule. Pensez, la folie, l’horreur de la guerre, l’absolu de liberté… Entre de mauvaises mains, toutes ces notions peuvent tenir du calvaire de lecteur. Et pourtant…

 

La folie de Birdy n’est qu’apparente, alors qu’Al, le roc du duo, s’avère bien plus proche de sombrer que ne laisse présager le personnage. Sans cesse, tandis qu’il ressasse ses souvenirs, revient cette lancinante question de ce qu’est la folie, et de quel droit il cherche à priver Birdy de la sienne. Les souvenirs, parfois drôles, retracent l’histoire d’une enfance perdue, de deux façons de voir et d’appréhender le monde qui se complètent, mais sans oser franchir le cap de l’âge adulte seuls. Ce dialogue entre Al et Birdy est bien plus profond pour chacun des deux que les protagonistes ne le pense –en est témoin la conclusion magistrale du roman.

 

 Les passages sur les oiseaux sont magnifiques, réussissant à émouvoir même un type comme moi qui ne lève pas souvent les yeux au ciel pour les regarder. L’écriture très fluide du roman y est pour beaucoup. Les pages s’envolent et ne se ressemblent pas ; on sent l’écriture sans jamais l’apercevoir.

 

Les romans sur l’amitié sont légion, mais c’est un sujet sensible, difficile car il parle à tout le monde sans jamais restituer parfaitement les ressorts de ces combinaisons parfois incongrues de personnalités distinctes et contradictoires. Dans ce genre, Birdy me fait penser à L’élu, de Chaïm Potok. Par petites touches, sans avoir l’air d’y toucher, sans chercher de raisons psychologisantes poussées et poussives, il en dit long et fait toucher des choses essentielles. Bref, vous l’aurez compris, ce livre m’a plu. Et puis voilà… Filez le lire, vous ne le regretterez pas…

 

Pour qui :

Pour les amateurs d’ornithologie, clairement !

Pour les gens qui ont aimé le film, (ou pas d’ailleurs) et qui constateront que le roman est bien plus fin et profond que son adaptation.

Pour les lecteurs qui pensent que la littérature est affaire de personnages avant tout (en voici deux magnifiques pour le prix d’un seul livre).

Pour ceux qui  oseront avouer ou non que jadis ou encore maintenant, ils ont eu le rêve de voler et de dire merde à tout…

Pour les petits inconscients qui idéalisent la folie comme aux blasés de la psychologie qui ont tout compris à Papa Freud.

 

 Et surtout, pour ceux qui aiment les beaux romans, point barre.

 

Bonnes lectures à tous,

 

Yvain

 

 

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